Alerte à l'Aethina tumida décrétée en Italie ce 05 septembre 2014

23/12/2014 - 14:26 -- Jean-Luc Strebelle

L’état d’alerte fut décrété ce 5 septembre lorsque des larves d’Aethina tumida et des coléoptères adultes ont été mis en évidence dans un rucher composé de 3 ruches localisé dans un verger de clémentiniers sur la commune de Gioia Tauro dans la région de Calabre, au sud de l’Italie, à proximité d’un important port maritime. Suite au diagnostic réalisé par le laboratoire national de référence italien le 11 septembre, le rucher a été détruit. Les autorités italiennes ont effectué la notification auprès de la Direction Générale de la SANté et des COnsommateurs (DG SANCO) de la Commission européenne le 12 septembre 2014 ainsi qu’à l’Organisation Mondiale de la Santé Animale.
Les visites que la cellule d’urgence des autorités sanitaires italiennes effectuèrent dans la zone de protection de 20 km autour de ce foyer initial aboutirent à considérer cette situation préoccupante puisque plusieurs autres foyers d’infestation furent découverts. Une réunion de crise a alors été organisée le 22 septembre en Calabre et a conduit le Ministère italien de la santé à prendre des mesures nationales pour la surveillance et la lutte de ce parasite puisque les différents facteurs de dissémination de cet envahisseur ont malheureusement été réunis dans la région où les premiers foyers d’infestation furent découverts ! Une partie des ruches de Crotone passent le printemps aux alentours de Gioia Tauro. En effet, la plaine de Gioia Tauro est riche en cultures d'agrumes, et est donc un territoire où l’activité apicole y est intense avec beaucoup de déplacements de ruches. Beaucoup d’apiculteurs y amènent leurs ruches, notamment des apiculteurs Siciliens qui déplacent ensuite leurs abeilles dans les châtaigneraies en altitude, puis sur l'eucalyptus en floraison tardive en Crotone. En outre, certains apiculteurs de cette région produisent des essaims, des paquets d'abeilles et des reines pour les livrer dans d'autres régions d'Italie et à l'étranger.
Au 20 octobre 2014, Aethina tumida avait été observé dans 46 ruchers de Calabre et de Sicile qui ont tous été détruits. L'installation d'Aethina tumida en Europe induirait inéluctablement des changements dans les pratiques apicoles, à l'instar de ce qui a été mis en place dans les pays où il a été déjà introduit, comme les États-Unis ou l'Australie. Des moyens de contrôle (traitement chimique des colonies, piégeage des coléoptères à l'intérieur des ruches, éventuellement traitement des sols en cas de grosse infestation) et de prophylaxie (conservation des cadres au froid pour éliminer les oeufs ou les jeunes larves présents, récolter et extraire rapidement le miel pour éviter d'attirer des adultes) devraient être mis en œuvre par tous les apiculteurs.

La femelle d’Aethina tumida pond entre 1000 et 2000 oeufs, en grappe, à l'intérieur de la ruche. Après une courte période d’incubation (3 à 6 jours), naissent de petites larves qui continuent leur développement en s’alimentant de larves, d’œufs d’abeilles, de miel et de pollen tout en détruisant les alvéoles des rayons. 10 à 16 jours plus tard, une fois qu’elles ont atteint un degré de maturité suffisant, les larves sortent de la ruche pour s’enterrer et réaliser leur nymphose. Si les caractéristiques du sol sont favorables, les pupes préfèrent rester à proximité des entrées des ruches (la plupart se retrouvent à moins d’un mètre de distance) et à une faible profondeur (10 à 30 cm). Le temps nécessaire à la nymphose est compris entre 15 et 60 jours en fonction des conditions climatiques, le cycle est plus court quand la température est plus douce. Quand les adultes sortent du sol, ils sont très actifs et prêts à voler à plusieurs kilomètres de leur lieu d’émergence. Au bout de quelques jours, ils se dirigent vers une ruche, attirés par le mélange d’odeurs typiques des colonies d’abeilles. Une fois dans la ruche, les mâles et les femelles s’accouplent. Les pontes des femelles commencent environ une semaine plus tard. Il a été constaté que dans des conditions extérieures défavorables, Aethina tumida est capable d'accomplir son cycle de vie en l’absence d’abeilles. Le développement larvaire peut être mené à bien en utilisant d’autres sources alimentaires, constituées principalement à partir de différentes variétés de fruits en voie de décomposition. Aethina tumida a une durée de vie de 6 mois et peut passer l’hiver dans la ruche. Son cycle de reproduction durant environ 6 à 8 semaines, plusieurs cycles par an sont possibles.
La rapidité avec laquelle Aethina tumida se propage est due à sa grande facilité d’adaptation et à sa capacité à survivre dans des environnements autres que les ruches. Les adultes peuvent voler plusieurs kilomètres pour infester de nouvelles colonies hôtes. Ils peuvent survivre jusqu'à neuf jours sans eau ni nourriture, jusqu'à cinquante jours dans des cadres usagés et plusieurs mois dans des fruits tels que des pommes. La dissémination d’Aethina tumida est favorisée par les mouvements d'abeilles, de colonies, d'essaims, de cire ou de matériel apicole. Les mouvements de terre (tels que la commercialisation de plantes en pots), de fruits ou d'hôtes occasionnels (comme les bourdons) peuvent également constituer des voies de dissémination.

La Belgique est actuellement indemne de ce parasite extrêmement dangereux pour la santé de nos colonies. Il convient donc de conserver ce statut. Même si les autorités italiennes n’ont pas identifié de mouvements récents d’abeilles depuis la Calabre vers la Belgique, les apiculteurs doivent être vigilants lorsqu’ils achètent des abeilles, des reines et/ou du matériel apicole usagé. Pour éviter tout risque d’introduction il est donc primordial :
- de ne pas se procurer d’abeilles, de reines et/ou de matériel apicole en provenance d’autres pays et tout particulièrement d’Italie.
- de déclarer ses ruchers auprès de l’AFSCA. La déclaration des ruchers permet de connaître les emplacements géographiques des colonies et de réagir plus rapidement en cas d'infestation.
- pour les apiculteurs qui se seraient procurés des abeilles, des reines et/ou du matériel apicole en Italie au cours de ces derniers mois, de surveiller très attentivement leurs ruches.
- de déclarer rapidement toute suspicion auprès de l’Unité Provinciale de Contrôle de l’AFSCA dont dépend le rucher afin de limiter, le cas échéant, au maximum la propagation de la maladie et l’installation durable du parasite chez nous.

Selon l'Arrêté Royal du 03/02/2014, l'infestation par Aethina tumida est une maladie à déclaration obligatoire soumise à l'application du chapire III de la loi du 24/03/1987 relative à la santé des animaux. Au delà de son caractère obligatoire, la déclaration d'une suscpision d'infestation de son rucher par Aethina tumida doit aussi se concevoir comme allant de l’intérêt collectif de tous les apiculteurs de sa région.

Article rédigé par Jean-Luc Strebelle

Références bibliographiques : 
1) http://www.apiservices.com/abeille-de-france/articles/aethina_tumida_2.htm
2) Point sur la situation épidémiologique du petit coléoptère des ruches (Aethina tumida) en Italie par Marie-Pierre Chauzat de l’Unité de pathologie de l’abeille du Laboratoire national de référence sur les maladies des abeilles de Sophia Antipolis en France 

aethina tumida, adultes dans une ruche / actualités UFAWB
aethina tumida, larves sur un cadre de miel / actualités UFAWB