Le frelon asiatique est arrivé en Belgique

30/11/2016 - 12:46 -- RASSON Hélène

 

La satanée bestiole est arrivée dans le Tournaisis, à un vol d’abeille de la frontière française.  Nous sommes le 19 novembre quand je reçois un message de Nicolas Dachy, l’un de mes anciens élèves du rucher école de la Berlière.   A l’intérieur, 3 photos pour identification et surtout confirmation... Aucun doute possible, c’est bien lui ! 

J’ai demandé à Nicolas de nous  relater les circonstances de sa trouvaille, voici ce qu’il nous dit : « Dans le cadre de mon travail, j’ai été amené à me rendre dans la petite école du village de Guignies.  Je suis animateur nature au Centre régional d’Initiation à l’environnement de Mouscron (CrIe de Mouscron) et une de nos missions, entre autres, consiste à développer des projets nature au sein des écoles.  En concertation avec les 3 institutrices de l’école primaire, nous avons décidé que le projet de cette année serait axé autour des abeilles.  C’est ainsi que vendredi 18 novembre 2016, j’étais sur place pour la première de ces animations.  Après un jeu pour différencier l’abeille de la guêpe, du bourdon et du frelon et un autre jeu autour des métiers de l’ouvrière, voici que retentit la sonnette qui annonce la récréation.  Quelques enfants qui se rassemblent dans un endroit de la cour, de l’agitation autour de l’un d’eux qui semble tenir quelque chose dans ses mains tout en se rapprochant de moi.  L’activité de ce début de séance semble avoir porté ses fruits, les enfants ne s’étant pas trompés sur l’identification de l’insecte.  Cependant, ce frelon m’apparaît de suite quelque peu atypique  très foncé, une fine bande jaune sur la partie supérieure de l’abdomen, l’extrémité des pattes jaunes.  Il s’agit probablement du frelon asiatique.  Je le récupère précautionneusement et à midi, les enfants m’en rapporteront deux supplémentaires.  La présence d’un nid à proximité se précise.  De retour chez moi, quelques photos plus tard et un échange avec Benoît Urbain, confirmeront mon hypothèse. »  

Évidemment, le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur place pour essayer de repérer le nid.  Je savais devoir chercher en hauteur et pas loin, puisque de toute évidence les frelons ramassés étaient morts ou mourants, selon leur cycle biologique qui veut que les nids «meurent» en fin de saison après avoir éjecté des dizaines de femelles fécondées !   Il ne m’a pas fallu longtemps, dans le jardin voisin, un bouquet de bouleaux balance au vent une énorme boule visible depuis la route à 100 m.  Très gentiment, les propriétaires nous permettent d’accéder à leur verger et nous pouvons donc regarder tout à loisir cet énorme nid de papier mâché, perché à 10 m du sol.  Nous sommes aussi consternés qu’ébahis : c’est donc ça... c’est donc vrai !  Dans la cour de l’école nous écrasons encore quelques individus agonisants.  De retour à la maison, j’alerte le CARI qui relaie l’info auprès du Centre de Recherches Agronomiques de la région Wallonne basé à Gembloux, le CRA-W.  Le lendemain à l’aube, le Professeur DE PROFT, directeur du CRA-W,  me contacte et nous nous fixons rendez-vous sur place pour midi.  De son côté, Nicolas a alerté les médias locaux et nationaux. Après une bonne heure consacrée à la communication sur le sujet, l’équipe d’intervention arrive enfin...  Nous apprenons de M. De Proft que le Ministre Di Antonio avait en son temps voulu préparer l’arrivée du frelon asiatique chez nous en envoyant une équipe se former dans le Sud-Ouest français.  On allait voir ce qu’on allait voir !   En quelques minutes, M. De Proft et son assistant déploient une échelle et l’escalade commence.  Le nid est tout de même à un dizaine de mètres du sol.  Le nid est trop gros pour entrer dans le sac prévu (pourtant bien grand) et M. De Proft qui a abandonné son échelle pour les branches du bouleau doit lutter contre un vent qui s’est remis à souffler en rafales.  La décision est prise de faire tomber le nid au sol.  Ça va très vite...  Quelques frelons prennent leur envol, d’autres rampent sur le sol au milieu des gâteaux d’alvéoles encore bien pleines d’un couvain à naître...  Des femelles fondatrices sont peut-être du nombre...  En quelques minutes la tension retombe, tout est fini...  Mais au fond de nous, Nicolas et moi, les seuls apiculteurs sur place, nous sommes perplexes devant tant d’amateurisme et surtout nous savons que cela ne fait que commencer !  Cette première intervention du «service compétent» laisse une impression de joyeuse improvisation et n’a pas manqué d’être vertement critiquée sur les réseaux sociaux inondés de commentaires furieux.  La pression médiatique, l’excitation du moment, les conditions météo n’ont certes pas aidé.  Trois minutes de lecture sur internet font vite comprendre que le procédé n’était pas le bon !  Le seul constat certain, c’est que Vespa Velutina est bien là et que grâce à l’intervention d’acteurs de terrain informés, il a été immédiatement identifié.  Que fera-t-on des prochains nids qui seront immanquablement découverts ?  La façon dont les autorités compétentes agiront à l’avenir sera déterminante.  Elle ne peut en aucun cas être fataliste et devra être volontariste et pro-active !  Cette première destruction de nid servira d’anti-modèle.   On devra faire mieux la prochaine fois...

Selon le musée d’histoire naturel Français, la destruction des colonies doit se faire le plus tôt possible en été et en automne (jusque mi-novembre).  Le frelon asiatique étant diurne, les nids devront être détruits à la tombée de la nuit ou au lever du jour.  Ainsi la quasi-totalité de la colonie pourra être éliminée.  La destruction des nids au cours de la journée fait augmenter considérablement les risques d’accident.  Tous les individus volant hors du nid qui ne sont pas tués pourront rapidement reconstruire un nid à proximité.  Si la reine est encore vivante, la colonie pourra encore produire des mâles et des femelles sexués, mais si la reine est morte, la colonie ne produira plus que des sexués mâles ; dans les deux cas, l’activité de prédation sera poursuivie.  La destruction des nids de frelons se fait par injection d’insecticide.  Il faut ensuite descendre le nid et le brûler pour que les insectes morts et l’insecticide ne soient pas consommés par les oiseaux.  

À la lumière de ces informations, notre association pense que face à l’importance de la menace actuelle (un nid, comme celui trouvé à Guignies, peut produire jusqu’à 500 femelles fondatrices) ; le temps est venu de former les pompiers pour intervenir efficacement dans la destruction de ces nids.  Nous pensons, en effet, que les pompiers sont les personnes toutes désignées pour détruire les nids de frelon asiatique puisqu’ils sont aguerris aux interventions en hauteur et qu’ils disposent du matériel ad hoc pour les réaliser telles que échelles et nacelle.  Habitués à la destruction des nids de guêpes, les pompiers maîtrisent parfaitement la manière d’utiliser des insecticides et connaissent les précautions environnementales qu’il faut prendre avec ces derniers.  Nous les inviterons, de ce fait, à intégrer un module sur la lutte contre ce frelon venu de loin dans leur cursus de formation.

Texte rédigé par Benoît Urbain

Lien vers la vidéo de destruction de ce nid diffusée sur NoTélé, la télévision communautaire de Wallonie Picarde
Lien vers la vidéo au sujet de lette découverte diffusée sur RTL