Combat anti-glyphosate pour une agriculture respectueuse de l'environnement

02/01/2018 - 12:45 -- Jean-Luc Strebelle
Qu'est que le glyphosate

Issu de la recherche de Monsanto, le glyphosate a obtenu sa première autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe en 1974 sous le nom de Roundup. Tombé dans le domaine public en 2000, il entre aujourd’hui dans la composition de 300 désherbants vendus en Europe par 40 sociétés différentes. Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé par nos agriculteurs. Son succès repose sur un coût faible, une bonne efficacité et une très grande souplesse d’utilisation. Il s’agit,en effet, d’un herbicide à spectre large tant sur dicotylédones (ex : chardons) que sur monocotylédones (ex : chiendents) qui a été rapidement adopté par les agriculteurs pour la gestion des adventices. Son succès auprès des agriculteurs provient du fait que le glyphosate pénètre exclusivement par voie foliaire dans le feuillage des plantes touchées par la pulvérisation, sans causer de dégâts ni aux plantes se trouvant à proximité immédiate du traitement mais ne recevant pas la bouillie herbicide, ni aux plantes émergeant après le traitement. De plus, après sa pénétration dans le végétal, il possède la propriété d’être véhiculé par la sève vers les zones en croissance, y compris celles des organes souterrains (rhizomes, racines…). Une telle propriété lui confère une grande efficacité pour éliminer durablement des adventices vivaces qui auparavant, étaient mal détruites.

Pour et contre l’usage du glyphosate

Le glyphosate est désormais considéré comme un outil agricole. Le glyphosate permet une destruction efficace des adventices ou des repousses, sans effet sur la culture suivante et ceci avec un coût réduit. Les agriculteurs ont donc pris l’habitude d’utiliser le glyphosate pour désherber les parcelles et éviter le labour avant le semis des cultures (en automne ou au printemps). D’un point de vue environnemental, la réduction du labour contribue à la lutte contre l’érosion et permet la préservation de la faune et de la flore du sol. Cette réduction du labour représente une diminution des dépenses énergétiques et un gain de temps pour les agriculteurs. Considéré comme biodégradable, la demi-vie du glyphosate (le temps nécessaire pour que 50 % des molécules de glyphosate soient dégradés) est selon une étude de l’EGEIS en moyenne de 49 jours dans le sol. On ne devrait donc pas le retrouver dans les aliments produits par nos agriculteurs. Malheureusement le glyphosate est également utilisé en pré-récolte sur de nombreuses cultures (blé, tournesol, colza, orge d’hiver, betterave sucrière) pour accélérer la maturité et détruire les adventices présentes dans la culture. Le recours à cette pratique permet d’avancer les dates de récolte. Par exemple, en France, certains produits phytosanitaires à base de glyphosate sont homologués pour traiter un blé mûr (destruction de chardon) et le récolter 7 jours après. Ces traitements sur cultures proches de la maturité pourraient expliquer, en partie, pourquoi on retrouve le glyphosate à l’état de trace dans nos assiettes. Même si la demi-vie du glyphosate est en moyenne de 49 jours, cette dernière présente une très forte variation (de 4 à 189 jours) selon la richesse du sol en bactéries, la température, la nature et l’acidité du sol. C’est ainsi que les sols morts (allées recouvertes de graviers ou trottoirs) qui n’ont pas de richesse bactérienne sont quasiment incapables de dégrader le glyphosate et qu’il faudrait, de ce fait, interdire l’usage de ce dernier sur ce type de surface. Un pas allant dans ce sens a été effectué en région Wallonne. En effet, depuis juin 2014 un décret interdit de traiter chimiquement (avec un herbicide par exemple) les surfaces imperméables (trottoirs, voiries, terrasse, allées, pente de garage ...) reliées au réseau de collecte des eaux pluviales (via une grille, un avaloir, un filet d’eau, ...). De même, à partir du 1er juin 2018, la loi protégera mieux les personnes dites « vulnérables », c’est-à-dire les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées ou malades. En effet, les terrains jouxtant les hôpitaux, les crèches ou les écoles ne pourront plus, sauf dérogations strictement encadrées, recevoir de produits phytopharmaceutiques, et ce, qu’ils soient privés ou publics. Ils seront entourés, en outre, de zones tampons de plusieurs mètres à plusieurs dizaines de mètres ! A noter que l’usage des produits phytopharmaceutiques sera totalement interdit dans les espaces publics wallons à partir de 2019.

La lutte contre le glyphosate devenue un sujet très politique

Même s’il est relativement biodégradable, l’innocuité sanitaire et/ ou environnementale du glyphosate est cependant de plus en plus mise en doute (surtout en raison des additifs qui le rendent efficace). Des révélations de manipulations d’études scientifiques par la multinationale Monsanto (qui aurait eu connaissance très tôt de la dangerosité de son produit) ont conduit au fait que dans d’opinion publique le sujet soit devenu très sensible. Le combat contre le glyphosate allait, pour certains, au-delà de la simple reconduction ou non de l’autorisation de mise sur le marché d’un herbicide mais représentait un moyen de s’attaquer au modèle agricole super industrialisé dont la société Monsanto est l’un des emblèmes. Une pétition demandant l’interdiction du glyphosate, lancée début 2017, a d’ailleurs reçu, en un temps record, le million de signatures nécessaires pour obliger la Commision a entendre les questions des citoyens. Raisons pour lesquelles, le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché par la Commission Européenne pour la période de 2016 à 2031 a fait l’objet d’intenses discussions, avec en arrière-plan un désaccord entre l’EFSA et l’OMS quant au classement du glyphosate comme substance cancérigène. Le combat contre le glyphosate fut très médiatisé parce qu’il s’agit d’un produit largement répandu sur la planète entière et qu’il touche à notre alimentation et à notre santé. Cette hyper-médiatisation a, de ce fait, conduit plusieurs politiciens à prendre des positions en phase avec le sentiment de leurs citoyens. Notons, en outre, qu’en octobre 2017, l’EFSA a perdu énormément de crédibilité auprès des parlementaires européens lorsqu’elle a admis qu’elle avait copié-collé une partie d’un rapport émanant directement de Monsanto pour forger sa position. Les députés européens ont ainsi proposé d’interdire définitivement et complètement le glyphosate dans cinq ans et de procéder, durant ce laps de temps, à une interdiction progressive de son utilisation dans les espaces publics et en pulvérisation avant les récoltes. Après deux ans de controverse autour du caractère cancérogène du glyphosate, les 28 Etats membres de l’Union européenne, réunis en comité d’appel, se sont finalement accordés, ce 27 novembre 2017, pour renouveler la substance pour cinq années supplémentaires. Il va sans dire que cette décision amplifiera encore la crise de confiance que subit actuellement l’institution européenne (montée en puissance des euro-sceptiques qui a notamment conduit au Brexit...) puisqu’elle fait fi de la proposition du parlement européen. De plus, cette décision viole les lois de la Commission européenne qui disent que si deux études indépendantes l’une de l’autre constatent qu’un produit est cancérigène pour les animaux, il doit être interdit. Or pour le glyphosate, il en existe au moins une dizaine !

Remise en question de l’agriculture conventionnelle

Le monde agricole devrait se rendre compte qu’il est temps de trouver des alternatives non chimiques à la production de nos denrées alimentaires. Il existe notamment des méthodes préventives, comme la rotation des cultures (qui permet de rompre régulièrement le développement des mauvaises herbes, qui sont différentes selon les plantes cultivées), le faux semis (la préparation des champs plusieurs semaines avant le semis pour permettre aux mauvaises herbes de germer et les éliminer mécaniquement avant d’ensemencer réellement), ou encore le paillage (qui consiste à recouvrir les solde matériaux d’origine végétale et minérale, ou bien de certains matériaux synthétiques pour stopper la croissance des adventices). Des moyens mécaniques permettent également d’endiguer la pousse des mauvaises herbes en arrachant ou en détruisant les racines des plantes non désirées. Il existe différents types de machines en fonction des cultures et de leurs spécificités, certaines coupant les racines à plusieurs centimètres de profondeurs, d’autres utilisant des herses, qui agissent sur le sol en surface. Mais l’enjeu posé par l’abandon de l’agriculture industrielle va au-delà de la suppression des herbicides. La suppression des insecticides (tels que les organochlorés et les néonicontinoïdes) et des fongicides largement utilisés dans l’agriculture devient primordiale pour la santé de nos abeilles et des pollinisateurs en général. Une étude allemande vient d’effectivement montrer que 75% des insectes volants ont disparu ces 25 dernières années. C’est ainsi que de nombreux citoyens lambda justifiaient leur position anti glyphosate en se référant, à tord, à la hausse de la mortalité de nos abeilles. Cet amalgame traduit le malaise de la population vis à vis de la production agricole conventionnelle et appelle le monde agricole à changer le plus rapidement possible leur fusil d’épaule.

reconduction autorisation du glyphosate pour 5 ans selon Miko
mobilisation contre la reconduction de l'autorisation du glyphosate devant le parlement européen
la pulvérisation des espaces publics sera bannie en Wallonie dès 2019