Résultats de l'étude sur l'exposition de la population wallonne aux pesticides

21/06/2018 - 18:55 -- Jean-Luc Strebelle

L'étude EXPOPESTEN, visant à évaluer la présence de plusieurs pesticides dans l'air ambiant en Wallonie, a livré ses premières observations ce 15 mai 2018.  Dirigée par l’Institut Scientifique de Service public (ISSeP), l’étude EXPOPESTEN a porté sur l’enregistrement de mesures autour de 12 stations réparties sur le territoire wallon.  Au total, 46 pesticides différents ont été analysés tout au long d’une année dans 12 localités wallonnes.

OBSERVATIONS COMMUNIQUEES 
Sur les 46 substances actives recherchées, ce sont essentiellement des herbicides et des fongicides qui ont été retrouvés. 33 substances ont pu être mesurées dans au moins un échantillon, 4 substances n’ont jamais été détectées et 9 ont été détectées dans au moins un échantillon à une concentration inférieure à la limite de quantification.  C’est dans les localités agricoles de Gembloux, Louvain-la-Neuve, Tinlot et Dour d'une part et dans la ville de Charleroi d'autre part que les moyennes des concentrations totales mesurées sur l’année ont été les plus élevées.  Les concentrations maximales ont été mesurées à Gembloux et Louvain-la-Neuve.  Le nombre de substances actives et la concentration moyenne étaient les plus élevés à Oupeye (localité fruitière) et les moins élevés au Mont Rigi (Waimes).  Il apparaît que les doses respirées sont plus intenses dans les localités agricoles et au printemps, d’avril à juin.  Les fréquences de détection des pesticides sont par ailleurs liées à leur utilisation au cours de l'année. Les fongicides n'ont été mesurés qu'au printemps et en été, alors que deux pics de concentrations d'herbicides ont été observés au printemps, en été et en automne.  Ces principales périodes de détection des herbicides concordent avec leurs utilisations pour le désherbage sur plusieurs cultures différentes au printemps, en été et sur les champs de céréales d'hiver en automne. En revanche, les insecticides ont été détectés tout au long de l'année.

L’EXPOSITION DES ENFANTS 
Le second volet de l’étude EXPOPESTEN s’est concentré sur l’impact de la zone de vie sur l’exposition des enfants aux pesticides, notamment via la recherche de biomarqueurs dans l’urine.  31 composés ont été analysés.  6 d’entre eux ont été mesurés dans les échantillons d’urine, à l’instar de métabolites (composés de dégradation de la molécule contenue à l’origine dans le pesticide).  Certains métabolites ont été détectés chez 100% des enfants.  Les résultats ne permettent pas de mettre en évidence de lien probant entre les concentrations dans l’air et les concentrations urinaires.

UNE NOUVELLE ÉTUDE EN WALLONIE : PROPULPPP
Si les concentrations mesurées dans l’étude EXPOPESTEN constituent des données initiales de l’exposition aux pesticides en Wallonie, il est indispensable de les consolider et de valider scientifiquement les manières les plus efficaces de réduire cette exposition.  Pour le Ministre de l'environnement, Carlo Di Antonio, une évaluation plus précise de l'exposition est aujourd’hui nécessaire pour mieux comprendre le lien entre l'exposition aux pesticides et les effets potentiels sur la santé humaine (maladie de Parkinson, asthme, développement du fœtus, perturbateurs endocriniens, …).  C’est pour ces raisons que le Ministre a confié à l’ISSeP, en collaboration avec le CRA-W et Gembloux AgroBioTech, une nouvelle étude à l’échelle de la Wallonie.  Cette étude PROPULPPP, qui a débuté en ce début d’année 2018, a pour but de mesurer l’exposition des citoyens wallons aux pulvérisations de produits phytopharmaceutiques.  Les principaux objectifs poursuivis par cette nouvelle études sont :
- d’évaluer l’exposition aux pesticides des populations riveraines de champs cultivés à court terme (dans les 24h qui suivent le début de l’épandage) et à plus long terme (les jours qui suivent l’épandage) ;
- d’évaluer la manière dont l’exposition varie en fonction de l’éloignement par rapport à la source ;
- d’évaluer l’influence réelle de paramètres agronomiques et de la présence d’une barrière physique sur la contamination des zones en bordure de champs ;
- de vérifier si le modèle prédictif de l’exposition des « résidents », employé lors de l’agrément des substances, permet de couvrir raisonnablement le risque « riverains » et si ce modèle convient pour estimer certains paramètres de protection des riverains contre les dérives de pulvérisation.
Interviewé sur les résultats de cette étude qu'il avait commandée, le ministre Di Antonio précise que ; « Malgré les mesures mises en place pour réduire leur utilisation, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques reste une réalité dans nos campagnes. Impactant négativement notre santé et notre environnement, ces produits sont au centre des préoccupations des citoyens. Il est indispensable à court terme d’agir pour déterminer l’exposition réelle et prendre les mesures les plus pertinentes pour limiter celle-ci. A long terme, ma volonté reste toujours de faire évoluer la Wallonie vers une réduction drastique de l’usage des pesticides ».

NOUVELLES MESURES POUR RÉDUIRE L’IMPACT DES PESTICIDES RÉCEMMENT APPROUVÉES EN WALLONIE
Ce 14 juin 2018, le Gouvernement wallon a voté un arrêté reprenant plusieurs mesures visant à réduire l’impact des pesticides sur les riverains des parcelles agricoles agricoles.  Les mesures qui seront d’application dès la saison culturale 2019, sont les suivantes :
1. Interdiction de débuter une pulvérisation lorsque la vitesse du vent est supérieure à 20 km.  En effet, selon les conditions d’application et la météo, de 25 à 75% des pesticides appliqués se retrouveraient dans l’air. Une fois dans l’air, les pesticides gazeux peuvent être transportés à plus ou moins longue distance.
2. Interdiction de pulvériser à moins de 50 mètres des bords de toutes parcelles qui jouxtent un établissement fréquenté par un public vulnérable (cours de récréation, écoles, internats, crèches et infrastructures d'accueil de l'enfance) entre 8h00 et 16h00.
3. Interdiction de pulvériser à moins de 6 mètres des bords de toutes parcelles qui jouxtent un lieu d'habitation ou de travail.
4. Obligation d’utiliser, sur tout le territoire wallon, un matériel d'épandage de pesticides qui réduit la dérive de minimum 50%.