Les Néonicotinoïdes enfin interdits après 20 ans de lutte

01/05/2018 - 19:25 -- Jean-Luc Strebelle

L'imidaclopride, le clothianidine et le thiamethoxam fabriqués par les géants Bayer et Syngenta seront donc finalement bannis dans l’Union pour toutes les cultures en plein champ. Plus précisément, à partir de 2019, leur utilisation sera restreinte à l’usage sous serre à condition que graines et plantes ne quittent pas leur abri fermé.

C’est peut-être la fin d’une interminable bataille : ce vendredi 27 avril 2018, les États membres de l’Union européenne ont adopté la proposition de la Commission d’interdire trois néonicotinoïdes (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame) de toutes les cultures en plein champ.  La décision du Conseil Européen est l'aboutissement d'une lutte de longue haleine puisque c'est déjà en 1994 que des apiculteurs français signalaient de graves troubles affectant leurs colonies.  Ces troubles apparaissaient alors principalement au début de la floraison des tournesols qui fournissent une abondante quantité de nectar et de pollen aux insectes.  Après une enquête de terrain, les apiculteurs constataient qu’un nouvel insecticide était utilisé pour le traitement préventif de cette culture : il s’agissait de l’imidaclopride, de la famille des néonicotinoïdes.  Suite aux nombreux signaux d'alarme envoyés durant plus de 20 ans par les apiculteurs de l'Europe entière, plusieurs études indépendantes furent enfin menées et mirent en évidence l'action neurotoxique de ces substances pour les colonies d'abeilles et ce, même à des doses infiniment petites.  En juin 2014, une nouvelle étude scientifique internationale démontre l'impact des pesticides néonicotinoïdes et du Fipronil sur la santé des abeilles mais aussi sur la santé des papillons, des vers de terre, des oiseaux ou encore des poissons.  Cette étude, qui fut menée pendant cinq ans par un panel de 29 chercheurs internationaux indépendants, a consisté à analyser tous les travaux scientifiques disponibles (soit 800 études) sur ces deux groupes d'insecticides neuroactifs.  Ce 28 février 2018, l'EFSA livre les résultats d'une nouvelle étude qu'elle a menée sur les néonicotinoïdes et signale que la plupart des utilisations de ces pesticides posent un risque tant pour les abeilles sauvages et les bourdons que pour les abeilles domestiques. S'appuyant sur ces avis négatifs de l'EFSA, la Commission européenne, avait alors proposé, le jeudi 23 mars 2018, d’interdire purement et simplement ces trois produits.  Pour que cette proposition soit acceptée par le conseil européen, il fallait encore réunir une majorité qualifiée (16 pays représentant 65 % de la population européenne).  Au matin du vote, l’issue de ce dernier était très incertaine.  La Belgique avait plaidé pour une période transitoire pour les secteurs de la betterave et de la chicorée.  Elle ne l’a pas obtenue.  Elle s’est donc abstenue lors du vote.  Pour le ministre fédéral de l’Agriculture, Mr Denis Ducarme, l’interdiction risque de mettre à mal ces deux filières, qui, selon lui, ne peuvent se passer de ces insecticides permettant de combattre les infestations de pucerons et de taupins.  Finalement, cette majorité a été trouvée : 16 pays contre 12.
En France, la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale a adopté, ce vendredi 20 avril 2018, un amendement qui étend l'interdiction des insecticides néonicotinoïdes aux produits phytopharmaceutiques ayant des modes d'action identiques tels que le fipronil, le sulfoxaflor et la flupyradifurone.  Par contre, en Belgique, le ministre Ducarme, souligne la sensibilité particulière du dossier pour le secteur de la betterave qui représenterait 10% des surfaces cultivées dans le pays et 8.000 emplois.  Selon lui, les possibilités de dérogation à la décision européenne existent. "On peut envisager une utilisation en cas d'urgence pendant 180 jours pour la betterave, par exemple", explique-t-il.  En effet, pourquoi la Belgique se passerait des néonicotinoïdes puisqu'ils sont déjà omniprésents dans l’eau, l’air, le sol, les plantes, jusqu’au contenu de nos assiettes et de nos verres.  Neurotoxiques, ils agissent sur le système nerveux central des insectes et massacrent les «nuisibles» qu’ils visent.  Ils disséminent les pollinisateurs, les vers de terre, les batraciens et les oiseaux...  Nul n’y échappe, directement ou indirectement.  Pas même l’homme.  Plusieurs études ont, en effet, établi un lien entre ces pesticides et les maladies du spectre autistique et les malformations cardiaques…  Ils sont aussi reconnus pour être des perturbateurs endocriniens, pour avoir des effets cancérigènes, pour perturber le fonctionnement de la thyroïde, du foie et des testicules.  Alors, on peut encore une fois se le demander : pourquoi s'en passer ?

Article écrit par Jean-Luc Strebelle