Des pesticides retrouvés en grande quantité dans les cours de récréation de nos écoles rurales

12/11/2018 - 17:49 -- Jean-Luc Strebelle

Quand un groupe de parents d'élèves tire la sonnette d'alarme 
Tout commence en 2016 quand un groupe de parents va au bout de sa réflexion : l'école fondamentale Saint-Martin de Cortil-Wodon (Fernelmont) est située en pleine campagne et entourée de champs agricoles.  Ce simple constat avait amené ce groupe de parents à s'interroger sur l'impact éventuel des pesticides épandus sur ces champs environnants sur la santé de leurs enfants.  En accord avec le bourgmestre et la directrice de l'établissement scolaire, un ingénieur-agronome de l'université de Liège-Gembloux, Bruno Schiffers, avait alors installé, d'avril à juin 2017, toute une série de collecteurs de pesticides le long de la clôture qui sépare cette école des terres agricoles l'entourant.  Les premiers résultats de 2017 n'étaient pas rassurants car on avait retrouvé la trace de 23 pesticides dans la cour de récréation de l'école de Cortil-Wodon.  À l’époque, l’information inquiète non seulement les parents, les professeurs, les responsables politiques locaux mais aussi le grand public.  Mr Di Antonio, ministre de l'environnement, avait alors décidé de financer une nouvelle étude pour en avoir le coeur net.  L'étude qui fut confiée à l’ISSeP, en collaboration avec le CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques) et la Faculté de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège) se voulait plus généraliste pour avoir une réponse à l'échelle de la Wallonie.  Des capteurs furent, de ce fait, installés de mars à juin 2018 dans sept établissements scolaires situés en bordure de champs : l'école Saint-Joseph-aux-Champs à Grez-Doiceau, l'école le grand Frêne à Ophain, l'école du Petit Chemin à Loupoigne, l'école Communale à Loupoigne, l'école Communale à Lincent, l'école Communale à Baisy-Thy et l'école Saint-Martin à Cortil-Wodon.  Résultat :131 substances chimiques sont retrouvées dans ces écoles. « On m’avait dit que les résultats de Cortil-Wodon étaient exceptionnels, que ce serait un cas unique ! Or la situation est la même dans toutes les écoles étudiées en 2018. 39 traces de substances actives différentes ont même été retrouvées sur un seul site scolaire ! » témoigne Bruno Schiffers.

Les nouvelles mesures prises par le Gouvernement Wallon semblent déjà insuffisantes !
Pour rappel l'Arrêté du 14 juin 2018 du Gouvernement Wallon sur l'application des pesticides dans et à proximité des lieux fréquentés par le public ou des groupes vulnérables avait défini différentes mesures applicables dès la saison culturale 2019 :
> La première mesure vise à obliger les agriculteurs à utiliser, sur tout le territoire wallon, des buses qui réduisent la dérive de minimum 50%.
> La seconde mesure vise à interdire de pulvériser lorsque la vitesse du vent est supérieure à 20 km/h.
> La troisième mesure vise à interdire de pulvériser à moins de 6 mètres des bords de toute parcelle qui jouxte un lieu d’habitation ou de travail.
> La dernière mesure vise à interdire de pulvériser entre 8h et 16h sur les parcelles de cultures et/ou de prairies situées à moins de 50 mètres d’un lieu fréquenté par un public vulnérable (cours de récréation, écoles, internats, crèches et infrastructure d'accueil de l'enfance).
Même si elles sont intéressantes pour éviter un pic d’exposition au moment de l’application, ces mesures auront peu d’effet sur l’exposition globale.  « J’ai aussi effectué des relevés sur les jeux des enfants, comme les toboggans dans la cour de récréation, mais aussi à l’intérieur des classes e
t là aussi, les tendances sont identiques.», précise le professeur Schiffers . «Cela démontre aussi qu’un mur ou une haie ne sont pas des barrières suffisantes.  L’air ambiant s’imprègne de ces substances.  La simple mesure de prudence de l’agriculteur qui ne pulvérise pas quand les enfants jouent dans la cour, n’est visiblement pas suffisante puisqu'on retrouve des traces de ces produits 24 heures après l’épandage » explique-t-il. 

La mobilisation contre l'usage effréné des pesticides est devenue une nécessité
Cette omniprésence de pesticides dans notre environnement immédiat démontrée par l'étude EXPOPESTEN et l'effet « cocktail » qu'ils représentent sont à l'origine de nombreux problèmes de santé (allergie, cancers, perturbation de plusieurs fonctions vitales...). Alors pourquoi n'y a t-il pas plus de voix pour demander aux agriculteurs de s'inquiéter de l'impact de leurs pratiques sur la santé de la population locale et pour les obliger à agir en citoyens responsables ? 

Article rédigé par Jean-Luc Strebelle

Lien vers le site de la RTL qui relate l'interview de Mr Bruno Schiffers réalisée le 31 août 2017 sur les résultats de la première étude réalisée par ce dernier.
Lien vers le site de la RTBF qui relate l'interview de Mr Bruno Schiffers réalisée le 10 octobre 2018 sur les résultats de la deuxième étude réalisée par ce dernier.