Politique apicole

PLAN MAYA

A l'occasion de la semaine du miel 2011, le ministre wallon de l'Agriculture et de la Nature, Benoît Lutgen, a décidé de lancer le plan "Maya" dont l'objectif est de sauvegarder les populations d'abeilles en Région wallonne.

Le plan Maya vise à freiner le déclin des abeilles en Wallonie, par le biais de diverses actions :
- Imposer le fauchage tardif le long des routes et autoroutes régionales.
- Accroître les ressources alimentaires des abeilles
- Promouvoir et soutenir les communes « Maya »
- Effectuer une recherche d’identification des causes possibles de dépérissement d’abeilles.
- Soutenir la formation des jeunes apiculteurs.
Vous pouvez télécharger une brochure éditée par la RW pour présenter l’intérêt du plan Maya dans la sauvegarde des abeilles en cliquant ici

Imposer le fauchage tardif le long des routes et autoroutes régionales.
Le fauchage annuel tardif s'applique aux zones pouvant accueillir sans danger pour la sécurité des usagers de la route, une végétation herbacée ayant atteint sa taille maximale. Dans nos régions, les végétations herbacées les plus hautes ne dépassent que très rarement 120 centimètres. Le fauchage tardif pratiqué en Wallonie est une mesure de gestion qui a pour but de préserver la nature encore présente sur les talus et accotements. Il permet aux espèces herbacées de fleurir, de fructifier et de produire des semences. Les fleurs vont attirer une quantité impressionnante d'insectes butineurs à la recherche de pollen et de nectar. Ils féconderont les fleurs qui produiront les graines utiles au renouvellement de l'espèce mais aussi pour toutes les espèces animales granivores. Le couvert végétal sera un endroit de quiétude pour beaucoup d'animaux qui s'y reproduiront. Ce fauchage tardif permet aussi de constituer des zones de refuges en période des moissons et autres récoltes.
Vous pouvez télécharger une revue présentant l’intérêt du fauchage tardif des bords des routes en cliquant ici

Accroître les ressources alimentaires des abeilles.
Le plan Maya vise à accroître les ressources alimentaires des abeilles en réhabilitant des espaces riches en plantes mellifères et non traités avec des pesticides. Pour ce faire, l’arrêté concernant l’attribution de subventions aux particuliers pour la plantation de haies a été modifié afin d’y inclure un critère de proportion d’espèces mellifères (2/3).
Les particuliers intéressés par ces subventions peuvent trouver tous les renseignements à ce sujet en cliquant ici.
D’autre part, les subventions habituellement accordées pendant la semaine de l’Arbre pour les projets d’espaces verts en faveur de la biodiversité seront orientées vers la création de prairies fleuries mellifères. La semaine de l’Arbre 2011 avait d’ailleurs mis plusieurs espèces à l’honneur.
Vous pouvez télécharger la revue de la semaine de l'arbre 2011 en cliquant ici.

Promouvoir et soutenir les communes « Maya »
Un appel avait été lancé auprès des 262 communes wallonnes. Elles ont été 165 à répondre « présentes » en 2011. Les communes Maya se sont engagées à devenir des actrices de la préservation des abeilles et de la biodiversité.  Concrètement, les communes suivront un programme d’actions en trois ans.
1) Les communes Maya s’engagent à planter, chaque année, 480 mètres de haie ou à semer 50 ares de prés fleuris ou encore à planter 75 arbres fruitiers ou mellifères en alignement. Avec, dès la deuxième année d’action, l’obligation d'incorporer 20% d’espèces mellifères dans tous leurs fleurissements.
2) Les communes Maya organisent une rencontre annuelle avec les apiculteurs de leur commune.
3) Les communes Maya sont tenues de lancer une campagne annuelle de sensibilisation des enfants et des adultes par le biais des moyens de communication propres à la commune (bulletin communal, courrier « toutes boîtes », exposition,…) sur l’intérêt que représente l’abeille pour la biodiversité et l’importance de la préserver.
4) Les communes Maya doivent organiser une semaine de l’abeille.
5) Les communes Maya s’engagent également à réaliser un inventaire et une mise à disposition des sites pour le dépôt de ruches par les apiculteurs.
6) Les communes Maya s’inscrivent dans la convention « Bords de routes, fauchage tardif » pour les routes communales.
7) Les communes Maya ont pour obligation d’établir, avant la fin de la 3ème année d’action, « Un plan de réduction voire d’abandon de l’utilisation des pesticides et un plan de gestion différenciée des espaces verts ». Le personnel communal devant être formé pour répondre à ces nouveaux objectifs de gestion des espaces publics.
En échange… Les communes qui endossent leur nouveau statut reçoivent certaines compensations. Ainsi, elles sont prioritaires pour la distribution gratuite d’arbres lors de la Semaine de l’Arbre et elles peuvent recevoir une subvention de maximum 2 500 € par an destinée à réaliser un projet mellifère.
En 2012, ce sont 42 autres communes se sont engagées dans cette voie suite à un second appel à candidature tandis que les provinces ont emboité le pas en s'engageant à appliquer la convention « Bords de routes, fauchage tardif » aux routes provinciales. Dès le printemps 2013, ce sont les particuliers qui ont pu donner un nouvel élan au Plan Maya, à travers la réalisation d'un jardin Maya.  Pour devenir Jardin Maya, le jardinier s'engage à ne plus utiliser de pesticides dans son jardin et à semer 10 m² de prés fleuris. 

Effectuer une recherche d’identification des causes possibles de dépérissement d’abeilles.
Ce n’est pas un scoop de dire que nous sommes confrontés en Belgique, comme en de nombreuses régions du monde, à d’importants phénomènes de mortalité des abeilles. Plusieurs causes peuvent être à l’origine de ces nombreuses mortalités. Certaines sont connues et peuvent être maîtrisées par l’apiculteur lui-même : HMF dans le sirop de nourrissement hivernal, famine, varroase... Toutefois, il apparaît clairement que depuis plusieurs années, les apiculteurs wallons sont souvent confrontés à des mortalités inexpliquées. Deux hypothèses majeures sont actuellement retenues en Wallonie :
> une atteinte virale due à la sensibilité des abeilles suite à l’infestation des ruchers par le varroa ;
> une contamination par les insecticides et, parmi eux, les insecticides (pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes...) qui agissent sur le système nerveux de l’insecte sont les premiers incriminés.
L’étude financée dans le cadre du plan Maya a donc investigué ces deux hypothèses via des analyses de laboratoire effectuées sur un échantillonnage représentatif. Pour ce faire, une série de prélèvements et d’observations ont été réalisés, durant la période de mise en hivernage 2011-2012, dans 300 colonies réparties plus ou moins uniformément sur la Wallonie. La recherche des 6 virus dont la présence a été prouvée dans les ruchers en Belgique s'est fait à partir d’un échantillonnage d’abeilles. La recherche des contaminants s'est fait à partir d’un échantillonnage d’abeilles, de miel et/ou de nectar ainsi que de pain d’abeilles pris dans les rayons des ruches complété par une analyse de pollen de trappe.
Les trois partenaires impliqués dans le projet bénéficiaient d’une approche et d’une expertise complémentaires :
> le CARI, en la personne de Noa Simon Delso, a fourni le questionnaire de base, a formé les assistants apicoles, a géré le matériel d’échantillonnage, a organisé les prélèvements chez les apiculteurs partenaires et a veillé à la bonne alimentation de la base de données.
> le CRA-W (Centre wallon de recherches agronomiques), en la personne de Louis Hautier, s'est chargée de la sélection des échantillons à analyser sur base d’un plan d’échantillonnage, a produit des données statistiques concernant le marché des pesticides et a alimenté la base de données.
> Gembloux Bio Tech ULg, en la personne de Bach Kim Nguyen, s'est chargée des analyses virales.
Cette étude de grande envergure s’est inscrite dans une stratégie globale pour avancer dans la connaissance du phénomène de disparition des colonies d’abeilles domestiques et de nombreux apiculteurs ont bien compris l’intérêt de ce projet en acceptant de s’y impliquer bénévolement malgré les contraintes assez lourdes que cela représentait pour eux !  C’est ainsi qu’en juillet 2011, les assistants apicoles se sont mis au travail pour échantillonner plus de 300 ruches réparties dans 65 ruchers. Les ruchers participants au projet devaient avoir 5 colonies au minimum et devaient être conduits en respectant une bonne pratique apicole par des apiculteurs ayant une expérience supérieure ou égale à 4 ans. Les colonies échantillonnées étaient les plus fortes de ces ruchers et se trouvaient dans de bonnes conditions sanitaires afin qu’elles soient dans des conditions optimum d’hivernage. Un ensemble de 3 visites par apiculteur partenaire situées pour la première entre le 15 juillet et le 15 août 2011, pour la deuxième entre le 15 septembre et le 15 octobre 2011 et pour la troisième entre le 15 mars et le 15 avril 2012.
Chaque visite de l’assistant apicole a consisté en 3 éléments :
> une interview de l’apiculteur partenaire pour collecter les informations sur sa pratique apicole et sur l’historique du rucher et des colonies incluses dans le projet,
> une visite approfondie des 5 colonies du rucher qui ont été choisies pour participer au projet avec une observation particulière de l’état sanitaire, de la force de la colonie et des réserves disponibles.,
> la prise d’échantillons. L’apiculteur faisant, quant à lui, une observation de la vitesse de reconstruction des cadres découpés, un suivi hebdomadaire de la population de varroas tombés sur le lange ainsi que l’inventaire des différentes observations effectuées lors de ses visites des colonies sélectionnées pour le projet.
Il y eut aussi, entre le 15 juillet et le 15 octobre 2011, une prise hebdomadaire de 25 gr de pollen de trappe provenant des colonies participant au projet. Cette étude a représenté donc une masse de travail assez contraignante pour rassembler un ensemble de données les plus exhautives possibles de manière méthodique et systématique. Le but étant d’avoir des informations objectives et des échantillons pertinents à analyser des colonies faisant parties du projet qui ont présenté des dépérissements inexpliqués en 2012 afin qu’elles puissent être étudiées en profondeur pour en comprendre les causes possibles. 
Le résultat de cette étude a finalement fait l'objet d'une plublication scientifique le 24 juillet 2014 dans la revue Plos One qui fut relayée au travers un article publié au sein de la Belgique Apicole.  
Cet article est téléchargeable en cliquant ici

Soutenir la formation des apiculteurs
Ce point du plan Maya s'est traduit par l’octroi d’une aide financière pour la fourniture d’une ruche peuplée aux élèves apiculteurs ayant terminé leur formation avec succès. Furent concernés les élèves résidant en Wallonie qui ont obtenu leur diplôme à l'issue d'un cycle pédagogique de 2 ans suivi dans une école d'apiculture reconnue par la Région Wallonne et qui sont entrés en première année en 2011-2012 et 2012-2013. Pendant toute la durée de leur scolarité apicole, le matériel fut confié à la responsabilité des ruchers écoles et a servi aux travaux pratiques des élèves. A l’issue de la formation, les élèves apiculteurs candidats à la subvention ayant réussi leur examen et obtenu leur diplôme sont devenus propriétaire du matériel subventionné. Ils ont ainsi pu recevoir une ruche DB 10 cadres pour le prix de 20 euros, l’aide financière octroyée par la Région Wallonne sur cet achat s’élevant à 80 euros !  Concernant les reines et/ou les nuclei, les races suivantes ont été éligibles à la subvention de la Région wallonne (sur base de présentation d’une facture) avec une participation financière variable (TVAC) répondant au désir de soutenir l’abeille noire locale en encourageant son élevage : 20 euros pour une reine noire de Belgique, 10 euros pour une reine Buckfast ou Carnica, 40 euros pour un nucleus ayant une reine noire de Belgique et 20 euros pour un nucleus avec une reine Buckfast ou Carnica.
Au final, Il y a plus de 300 élèves inscrits dans les ruchers écoles de l’Union des Fédérations Apicoles de Wallonie et de Bruxelles qui se sont engagés dans le projet car tous les rucher-écoles de l’UFAWB ont participé à l’opération malgré les difficultés que celle-ci a représenté pour eux. En effet, cette opération fut un véritable défi pour les ruchers écoles qui ont dû trouver des lieux d’implantation supplémentaires pour les ruches de tous leurs élèves, organiser des sous-groupes de travaux pratiques avec un accompagnement bénévole de ceux-ci, aider les élèves, qui travaillent en race noire, à peupler leur ruche puisqu’il y a trop peu de nucléi de cette race qui sont proposés à la vente par les éleveurs professionnels. Raison pour laquelle c
et axe du plan Maya fut abandonné en septembre 2013.
Le soutien à la formation des apiculteurs devrait aussi se décliner sur un deuxième axe qui tarde à se concrétiser : la fourniture d’informations et de documentations visuelles aux conférenciers apicoles et aux ruchers écoles, soutien qui tient compte de l’évidente nécessité d’une formation continue pour donner à tous les moyens pratiques de se tenir au courant des nouveautés en matière d'apiculture et de connaissance de l'abeille.

VALORISATION DU PATRIMOINE APICOLE WALLON

Aide aux ruchers écoles
Cette aide fut octroyée aux ruchers écoles qui avaient participé au soutien des apiculteurs en formation mis en place dans le cadre du plan Maya. Cette aide visait en effet à valoriser la surcharge de travail que ces ruchers écoles avaient dû assurer pour peupler les ruches Maya de leurs élèves.  Cette aide s'est traduite par l'octroi de plusieurs ruches dadant 10 cadres au prorata des élèves qu'ils avaient accompagné.

Mise en oeuvre de Ruchers tampons
Les sections apicoles de Wallonie ont bénéficié d’une aide du Ministre de l’agriculture René Collin pour mettre en place ce que l’on a appelé des « ruchers tampons » c’est-à-dire des ruchers solidaires destinés à aider les apiculteurs ayant perdu leurs colonies à remettre le pied à l’étrier. Il s’agit d’un projet à long terme qui s’étalera sur une durée de 10 ans à compter du 31 janvier 2015. Les sections volontaires pour participer à cette opération devaient acquérir un minimum de 5 ruches associées à un nombre équivalent de ruchettes d’un modèle de leur choix pour un budget limité à 1200 euros.  Les 26 sections participantes ont procédé elles-mêmes à l’achat du matériel qui leur convenait. Le remboursement de la somme engagée pour l’acquisition du matériel subsidié a été effectué ensuite sur base d’une facture en bonne et due forme. 161 paires de ruches-ruchettes ont ainsi été acquises. Plusieurs sections ont trouvé des partenariats pour abriter leurs ruchers de sauvegarde. Les colonies élevées dans les ruchers tampons ne sont pas destinées à la production de miel et ne sont donc équipées que d’une seule hausse. Les ruchettes seront vidées chaque année avant le mois d’avril. La première année est évidemment une année d’installation du système. Les problèmes d’essaimage ne devraient pas se poser puisque les colonies seront systématiquement déforcées pour repeupler les ruchettes prévues à cet effet. Le système devra être économiquement auto-suffisant (cadres, cires, traitement, etc.) et les frais couverts par la participation (même démocratique) des apiculteurs demandeurs du service c’est-à-dire des apiculteurs ayant perdu leurs colonies. En cas de non demande, les sections ont l’autorisation de vendre les essaims pour couvrir les frais du système. Les sections engagées dans cette opération seront chargées de peupler les ruches, de réaliser les divisions, les traitements et tous les travaux apicoles nécessaires. Dans chaque section, une équipe d’au minimum deux personnes est affectée au travail que cela implique. Ces équipes tiendront un registre de suivi des colonies et de suivi des ventes qui sera demandé en cas de besoin. En produisant une réserve d’abeilles, les sections apicoles ayant relevé le défi pourront offrir un service très utile à leurs membres. Le prix à payer pour obtenir une colonie peut varier d’une section à une autre puisque chaque section est libre de fixer le prix d’acquisition d’un essaim. Après avoir vérifié que l’apiculteur membre de la section a bien perdu ses colonies, les responsables du rucher tampon lui proposent une ou plusieurs colonies de redémarrage à un prix démocratique. Les apiculteurs ayant besoin de redémarrer leur cheptel devront avoir traité leurs colonies selon les préconisations officielles. C’est la condition sine qua non pour bénéficier de ce service. Une évaluation du fonctionnement du système sera réalisée annuellement par le Comité d’accompagnement du projet de valorisation du patrimoine apicole wallon.